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ジェレミー・ブノワ氏へのインタビュー 4月号 ヴェルサイユ宮殿の修復工房レポート 5月号 ナポレオン時代から続く老舗工房
 
▲Monsieur Jérémie Benoît
©NAKAMURA Yutaka
Maison des Musées de France (MMF) : L'exposition Napoléon et Versailles qui se tient en ce moment au Japon fait suite à celle de 2002-2003 qui présentait l'âge d'or du château de Versailles sous les règnes successifs de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Cette nouvelle exposition vise à présenter les changements artistiques survenus au sein de ce complexe architectural sous le règne de Napoléon Bonaparte. Les périodes du Consulat et de l'Empire, sans doute encore peu connues au Japon, suivent la Révolution française. Quelles furent les évolutions importantes introduites à Versailles après la Révolution française, sous l'influence de Napoléon en particulier ?
Monsieur Jérémie Benoît (J.B.) : La première exposition couvrait la période précédente, de Louis XIV à Louis XVI, considérée comme la plus éblouissante pour l'aménagement du château Versailles.
Nous avons voulu prolonger celle-ci en présentant ce qui se passa après la Révolution, pendant le Consulat et l'Empire, quand Napoléon obtint la jouissance de cette demeure. Napoléon avait notamment de grands projets de réaménagement du château. Ils portaient aussi bien sur l'architecture que sur la décoration intérieure. Son ambition était de transformer ce lieu, symbole du pouvoir royal, en une demeure impériale. Il ne réalisa pas tous les travaux par manque de temps et d'argent.
▲Robert LEFÉVRE
L'impératrice Marie-Louise 1814(huile sur toile)
©Jean-Marc Manaï,
Château de Versailles
En définitive, les interventions de la période impériale se limitèrent à quelques bâtiments : le Grand Trianon, le Petit Trianon et le Hameau. Il fit remeubler complètement le Grand Trianon qui devint sa résidence de campagne et qu'il occupa après son mariage avec Marie-Louise en 1810. Aujourd'hui encore, nous pouvons admirer ce mobilier in situ. Quant aux peintures qu'il commanda, elles sont exposées désormais dans le musée du château. Le Petit Trianon fut également décoré avec un nouveau mobilier pour l'usage de Marie-Louise. Celui-ci se changea donc en un nouveau « château de femmes » qui prolongeait ainsi une tradition née avec Marie-Antoinette.
 
▲Manufacture impériale de Sévres
©Jean-Marc Manaï,
Château de Versailles
MMF : Pourriez-vous nous indiquer les caractéristiques du style Empire ? Qu'est-ce qui le distingue du style précédent ?
J.B. : Le « style Empire » prit effectivement la suite du mobilier Louis XVI, appelé aussi néoclassique. Autant le mobilier Louis XVI utilisait des motifs antiques avec une volonté décorative sur des formes héritées du XVIIIe siècle, autant le style Empire préférait copier les modèles antiques. Ce mobilier présente un aspect plus simple, moins sculpté. En revanche, il utilise beaucoup le placage de bronze doré sur des formes simples, en sorte d'obtenir des formes décoratives nouvelles.
Le « style Empire » possède une certaine ambiguïté. Ce terme ne signifie pas grand-chose en définitive. Plusieurs influences sont visibles dans cette nouvelle décoration : une première provenant des modèles antiques copiés, à partir d'exemples retrouvés ou non lors de fouilles, comme à Pompéi par exemple (trépied, trône de marbre) ; une seconde née de l'accession au pouvoir après la Révolution d'une nouvelle frange de la population, la bourgeoisie, avec ses goûts propres.
La bourgeoisie recherchait le confort. Cela s'exprime par l'invention de meubles complètement capitonnés, recouverts de soieries qui font disparaître presque totalement le bois. Cette tendance annonce d'une certaine manière le style qui se développera sous le Second Empire et à la fin du XIXe siècle.
 
MMF : Selon quelles modalités les références à l'antique changèrent-elles sous le Premier Empire ?
J.B. : Sous Louis XVI, l'antique fut surtout une mode. Avec la Révolution française et ses prolongements, le Consulat et l'Empire, les références à l'antique prirent une connotation différente en raison de la volonté du pouvoir de se référer aux anciennes institutions grecques et romaines.
▲Salon au Grand Trianon
©NAKAMURA Yutaka
Cette période se réclamait volontairement de ce passé glorieux. On peut d'ailleurs noter un changement de style entre le moment o? Napoléon Bonaparte était premier consul et celui o? il devint l'Empereur des Français. Alors que la décoration sous le Consulat était encore dominée par des références à l'art étrusque et grec, celle qui s'élabore à partir de 1805, avec la mise en place de l'Empire, donne plus de place au luxe des matériaux (réalisation de camées, utilisation du marbre), à une certaine opulence qui s'éloigne de la « vertu ». Cette « vertu » était à l'époque comprise comme une certaine rigidité ou retenue qui aurait été le propre des républiques romaines et grecques. Les mentalités étaient vraiment imprégnées de ces exemples illustres. Au contraire, la bourgeoisie moins férue d'antiquité préférait le confort. Finalement, c'est son goût qui s'imposera par la suite quand les références à l'antique seront abandonnées.
 
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▲Jacques-Louis DAVID
Bonaparte franchissant les Alpes au Grand-Saint-Bernard, 20 mai 1800(huile sur toile)
©NAKAMURA Yutaka
MMF : Ces deux tendances — les références à l'antiquité et le besoin de confort — apparurent-elles simultanément ou bien successivement ?
J.B. : Elles apparurent en même temps sous l'Empire. Beaucoup d'objets présentés à l'exposition proviennent des petits appartements de l'Empereur et illustrent bien cette recherche antiquisante secondée par une volonté de confort. La reconstitution à l'exposition du salon au Grand Trianon en est un exemple.
Elle montre comment l'Empereur, malgré sa fonction, possédait un goût assez simple et orienté vers la recherche du confort. Ce mobilier nous renvoie à la personnalité privée de l'Empereur, éprise de confort et de tranquillit?, alors que nous sommes habitués au personnage public soutenant un style grandiloquent d'inspiration romaine.
 
MMF : Peu de peintres étaient autorisés à représenter la personne de l'Empereur. Que pensez-vous des peintres de cette époque, en particulier de leur relation à la figure de Napoléon ?
J.B. : Le premier peintre de l'Empereur était David. Un des plus grands portraitistes du temps, Gérard, son élève, pouvait également représenter l'Empereur. Il exécuta les principaux portraits de l'Empereur en grand costume du sacre. Il y eut d'autres peintres autorisés à peindre l'Empereur dans ce costume : Ingres, Girodet, Robert Lefèvre. Comme Napoléon était militaire, simple, voire un peu rustre, il ne souhaitait pas se soumettre à des séances de pose. Il ne faisait donc qu'autoriser la présence à ses côtés d'artistes. Ils devaient par conséquent posséder un très grand talent pour saisir sur le vif les traits d'un homme aussi actif.
▲François GÉARD
L'empereur Napoléon 1er en costume de sacre(huile sur toile)
©Jean-Marc Manaï,
Château de Versailles
▲Col et cravate de Napoléon
©Jean-Marc Manaï,
Château de Versailles
Cette particularité explique la ressemblance de certains portraits, comme ceux de David. D'autres, comme ceux de Lefèvre, sont moins réussis, car il ne put saisir l'homme dans sa vie et utilisa surtout des gravures et de dessins. Lefèvre étudia en fait les costumes de l'Empereur portés par des mannequins dans son atelier. C'est la raison pour laquelle l'Empereur semble si figée dans ses toiles. Il est toujours reconnaissable mais plus sûrement grâce à son costume qu'à son visage.
 
MMF : Nous sommes étonnés par le caractère somptueux du costume du sacre de Napoléon. Son apparence royale tranche avec l'aspect simple et militaire de cet homme que vous avez évoqué. Y a-t-il une explication ?
J.B. : Napoléon s'habillait habituellement en uniforme de colonel de la garde impériale. En cela, il s'inspirait d'une tradition prussienne inaugurée au XVIIIe siècle par Frédéric-Guillaume et Frédéric II, ses modèles militaires et politiques. En définitive, il porta peu le costume endossé à l'occasion de son couronnement et de son mariage avec Marie-Louise. Ce costume rappelait les vêtements portés par les rois de France au moment de leur sacre. Par là, il revendiquait et utilisait une tradition dont il modifiait en même temps les symboles, puisqu'ils sont ceux de l'Empire.
MMF : Vous dîtes qu'il favorisa la peinture comme instrument de propagande. Napoléon eut-il une influence directe sur le style, l'iconographie ou la raison d'être de la peinture ?
J.B. : Il semble que l'art napoléonien n'ait pas bouleversé les modes de représentation picturaux. Entre la fin du XVIIIe siècle et le début de la période romantique (vers 1820), il y a une certaine unité stylistique, une constante dans le traitement de la matière picturale. La seule rupture dans la peinture concernerait plutôt la volonté d'y imposer son image.
Nous pouvons parler éventuellement d'une autre rupture dans un domaine particulier, celui de la peinture militaire. Dans les peintures du Baron Lejeune, dont plusieurs toiles sont exposées à l'exposition, — je pense à La Bataille de la Moskowa — nous voyons pour la première fois apparaître le soldat au combat. C'est l'expression d'un sentiment démocratique apparu avec la Révolution française. L'image du soldat au combat s'affirmera d'ailleurs au cours du XIXe siècle jusqu'à prendre complètement la place des généraux et des maréchaux, les seuls à être représentés jusque-là. Les prémices de cette évolution se trouvent donc chez Lejeune.
 
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MMF:Avez-vous restauré un grand nombre d'œuvres pour cette exposition ?
J.B. : Oui, un très grand nombre d'œuvres ont été restaurées à cette occasion. Toutes les peintures ont subi un examen de leur surface picturale. La toile de Mme Auzou au sujet du mariage de Marie-Louise a en particulier fait l'objet d'un travail approfondi. Certaines pièces de mobilier ont dû être démontées intégralement pour intervenir au mieux.
▲Restauration des meubles du Trianon.
©NAKAMURA Yutaka
MMF: Pour terminer, auriez-vous un message particulier à adresser au public japonais qui se rendra à l'exposition ?
J.B.: Je pense que le public féminin qui visitera cette exposition pourra être séduit par le luxe et la préciosité des vêtements portés par les femmes de cette époque. Ces grands habits, de goût un peu antiquisant, marquent une évolution intéressante dans l'histoire de la mode et du costume. La porcelaine, bien représentée, pourra certainement intéresser le public japonais. Enfin, les reconstructions de décors qui montrent la façon de vivre à l'époque susciteront sans doute l'intérêt du public.
Marie-Éienne NITOT
Parure de l'impératice Marie-Louise
©Musée Chaumet, Paris
 
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ジェレミー・ブノワ氏講演会のお知らせ
 
 
dans le cadre de l'exposition Napoléon et Versailles :
 
« L'Antiquité et le goût bourgeois dans le mobilier Empire à travers les collections de Versailles »
Date: Lundi 10 avril 2006, à 10 h.
Lieu: Maison Franco-Japonaise, Ebisu
 
 
 
 
 
▲Antoine-Jean GROS
Le général Bonaparte au pont d'Arcole,
le 17 novembre 1796(huile sur toile)
©Jean-Marc Manaï,
Château de Versailles
Napoleon et Versailles
Musée municipal de Kobé
3 décembre 2005-19 mars 2006
Adresse
  24, kyomachi, chuo-ku, KOBE
URL
  musée
http://www.city.kobe.jp/cityoffice/57/
museum/main.html
 
Musée Edo-Tokyo
8 avril-18 juin 2006
Adresse
  1-4-1,yokoami,sumida-ku,TOKYO
URL
  musée
http://www.edo-tokyo-museum.or.jp/
 
Musée des Châteaux de
Versailles et de Trianon
URL
  http://www.chateauversailles.fr/

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